Trésors Cachés et Périls : La Biodiversité des Calanques sous Haute Surveillance
Célèbres pour leurs falaises de calcaire blanc plongeant dans le bleu azur de la Méditerranée, les Calanques de Marseille attirent chaque année des millions de visiteurs. Mais au-delà de la carte postale, ce territoire abrite un écosystème marin et terrestre exceptionnel, aujourd’hui fragilisé par les activités humaines.
Créé en 2012, le Parc national des Calanques est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Plongeons ensemble sous la surface pour découvrir sa biodiversité, les espèces menacées qui y trouvent refuge, et les immenses défis environnementaux auxquels ce joyau fait face.

🌿 Un « Hotspot » d’endémisme mondial
La mer Méditerranée ne représente que 0,3 % du volume océanique mondial, mais elle abrite jusqu’à 18 % des espèces marines connues, avec un taux d’endémisme (espèces qui ne vivent nulle part ailleurs) record de 20 à 30 %.
Au cœur de cet écosystème se trouve une plante marine vitale : la Posidonie (Posidonia oceanica). Véritable poumon de la Méditerranée, elle forme des herbiers qui servent de nurserie, de garde-manger pour 25 % des espèces locales, et de puits de carbone redoutablement efficace. Malheureusement, cette forêt sous-marine a perdu 10 % de sa surface en un siècle, détruite par la pollution, les aménagements côtiers et l’arrachage mécanique lié aux ancres des bateaux.
⚠️ Le lourd héritage de la pollution industrielle
Ce que beaucoup de promeneurs ignorent, c’est que les Calanques portent les stigmates d’un passé industriel intense. Aux XIXe et XXe siècles, l’éloignement de la ville et le mistral ont favorisé l’installation d’usines chimiques et métallurgiques dans les criques.
Aujourd’hui, une « pollution invisible » persiste. Les sols et les sédiments marins sont encore lourdement chargés en métaux lourds (plomb, arsenic) issus des anciennes fonderies, comme celle de l’Escalette. À cela s’ajoutent les « boues rouges » (déchets chargés en métaux lourds et soude) de l’usine d’alumine de Gardanne, déversées en mer depuis les années 60 via une canalisation de 45 km, polluant gravement les fonds sous-marins au large de Cassis.
🐟 Ces espèces emblématiques au bord du gouffre
Les pressions combinées de la pollution, du réchauffement climatique et de la surpêche ont poussé de nombreuses espèces au bord de l’extinction :
- La Grande Nacre (Pinna nobilis) : Ce coquillage géant, autrefois symbole des fonds méditerranéens, est aujourd’hui classé en danger critique d’extinction. Ses populations ont été décimées ces dernières années par un agent pathogène redoutable.
- Le Corail Rouge (Corallium rubrum) : Cet animal constructeur, qui forme de magnifiques écosystèmes coralligènes (véritables refuges de biodiversité), est gravement menacé par le réchauffement des eaux et l’exploitation.
- Les « Top Prédateurs » : Le Mérou brun (Epinephelus marginatus) et le Corb (Sciaena umbra), cibles historiques de la chasse sous-marine, sont classés vulnérables. Les requins et les raies (élasmobranches), comme le requin bleu ou le requin mako, frôlent quant à eux la disparition totale dans nos eaux.
À ces menaces historiques s’ajoute l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. Depuis 2018, le Parc national fait face à la prolifération fulgurante de Rugulopteryx okamurae, une algue brune originaire d’Asie qui tapisse les fonds rocheux et étouffe la faune et la flore locales.
💡 L’espoir : la nature reprend ses droits
Heureusement, des solutions concrètes portent leurs fruits !
Dans les Calanques, l’instauration de Zones de Non Prélèvement (ZNP), où la pêche est strictement interdite, a des résultats spectaculaires. Entre 2014 et 2023, la biomasse des espèces de poissons ciblées (comme le mérou, le chapon ou le corb) a été multipliée par 5,8 sur les fonds rocheux protégés. Un chiffre qui prouve la formidable capacité de résilience de l’océan lorsqu’on le laisse respirer.
Sur terre, les chercheurs de l’Université d’Aix-Marseille utilisent la « phytoremédiation » : ils plantent des espèces végétales locales, comme l’Astragale de Marseille, capables de pousser sur des sols toxiques et de piéger les métaux lourds dans leurs racines, empêchant ainsi la pollution de se déverser dans la mer lors des pluies.
🌍 Quel rôle pouvons-nous jouer ?
Protéger les Calanques est l’affaire de tous. Si vous naviguez, privilégiez les zones de mouillages écologiques (bouées) pour épargner la posidonie. En randonnée, restez sur les sentiers balisés pour ne pas piétiner la flore endémique, et bien sûr, remportez absolument tous vos déchets, car le plastique reste l’un des plus grands fléaux de la Méditerranée.
La biodiversité des Calanques est un héritage fragile. C’est en la comprenant que nous pourrons la transmettre aux générations futures !

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