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Bonbonne de protoxyde d'azote abandonnée sur le fond marin recouvert de corail — Calanques de Marseille — © Karim Saari
karim Saari

Le fléau des bonbonnes de protoxyde d’azote : une menace sous-estimée pour notre santé et nos espaces naturels

1. Un désastre écologique, de la terre à la mer Le protoxyde d’azote (N2O) est une véritable bombe climatique : c’est un gaz à effet de serre très puissant, dont le pouvoir réchauffant est près de 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Libéré dans l’atmosphère, il y persiste pendant plus d’un siècle et constitue aujourd’hui la principale substance d’origine humaine responsable de la destruction de la couche d’ozone.

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Au-delà de cet impact invisible, il y a la pollution physique. Les bonbonnes et cartouches métalliques (composées d’acier, de laiton et de plastique) sont massivement abandonnées dans l’espace public, les parcs et les littoraux. Ces déchets s’accumulent et constituent une source durable de pollution. Le danger s’étend directement à la faune : les ballons de baudruche, souvent utilisés pour inhaler le gaz et abandonnés en même temps que les bouteilles, finissent dans nos mers et nos forêts. Ils sont ingérés par des animaux marins et terrestres, ce qui provoque des occlusions intestinales mortelles. Enfin, une quantité résiduelle de gaz s’échappe souvent de ces contenants métalliques abandonnés, venant polluer l’air localement.

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2. Que deviennent ces bonbonnes et sont-elles recyclées ? Le destin de ces bonbonnes est souvent dramatique lorsqu’elles sont jetées n’importe où ou dans les bacs de tri classiques. Soumises à la pression des camions-bennes ou à la chaleur intense des fours d’incinération, ces bouteilles encore sous pression explosent avec une grande violence. Ces explosions mettent gravement en danger la vie des agents de traitement des déchets et provoquent chaque année des dizaines de millions d’euros de dégâts matériels, paralysant parfois des usines d’incinération entières.

Pourtant, ces bonbonnes sont parfaitement recyclables. Pour ce faire, elles ne doivent jamais être jetées à la poubelle, mais doivent impérativement être rapportées en déchèterie, dans les zones dédiées aux déchets dangereux ou aux métaux sous pression.

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Une fois collectées par des filières spécialisées, voici comment elles sont traitées :

  • Inertage et traitement thermique : Les bonbonnes subissent une procédure sécurisée de thermo-oxydation à très haute température. Cela permet de détruire le gaz à effet de serre restant en le transformant en azote et en oxygène inoffensifs.
  • Recyclage des métaux : L’acier et l’aluminium qui composent les bonbonnes sont ensuite lavés, broyés, purifiés et fondus dans des aciéries et des centres d’affinage. Ils sont coulés en lingots pour être réintégrés dans la chaîne de production et fabriquer de nouveaux objets.

3. Des impacts sanitaires dramatiques sur la jeunesse L’envers du décor de ce produit, tristement banalisé sous le nom de « gaz hilarant », est une véritable crise sanitaire qui frappe de plein fouet les jeunes, parfois dès le collège. Ses effets, à court comme à long terme, sont dévastateurs pour l’organisme :

  • Dangers immédiats et accidents : À la sortie de la bonbonne, le gaz est à environ -50°C. L’inhaler peut provoquer instantanément des brûlures sévères (gelures) sur les lèvres, la gorge ou les poumons. De plus, le gaz remplace l’oxygène dans les poumons, causant une asphyxie rapide (hypoxie) qui entraîne vertiges, pertes de connaissance, chutes graves et accidents de la route.
  • Dégâts neurologiques irréversibles : Une consommation chronique ou à fortes doses inactive et détruit la vitamine B12 du corps, une vitamine essentielle pour entretenir la myéline, la gaine protectrice de nos nerfs. Conséquence : des « courts-circuits » nerveux se créent, entraînant des fourmillements, de violentes douleurs, des pertes d’équilibre, et très souvent une paralysie partielle ou totale des membres. Même avec des traitements médicaux lourds, certains jeunes gardent des séquelles définitives et doivent réapprendre à marcher.
  • Complications cardiovasculaires et psychiatriques : L’abus de ce gaz perturbe le sang et favorise la formation de caillots, provoquant des thromboses, des embolies pulmonaires ou des AVC chez de jeunes patients sans aucun antécédent. On observe également une explosion des urgences psychiatriques liées au protoxyde d’azote : épisodes délirants paranoïaques, hallucinations, dépression et comportements agressifs.

Derrière l’illusion d’une euphorie de quelques secondes, le protoxyde d’azote est un poison insidieux. Face à ce fléau aux conséquences écologiques et humaines désastreuses, la sensibilisation des jeunes et le bon geste de tri ne sont plus des options, mais une nécessité vitale.

Interviews sur Europe 1 et France inter au journal de 7H (29 avril 2026)

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Karim Saari