La Posidonie, notre meilleure arme (sous-marine) contre le changement climatique
Sur les plages méditerranéennes, on la prend souvent, à tort, pour une algue envahissante et malodorante lorsqu’elle s’échoue sur le sable. Pourtant, la Posidonie (Posidonia oceanica) est bel et bien une plante à fleurs endémique de la Méditerranée, dotée de racines, de rhizomes et produisant même des fruits appelés « olives de mer ». Loin d’être un simple déchet, elle est en réalité l’un de nos meilleurs alliés dans l’adaptation au changement climatique.
Un puits de carbone redoutable et un bouclier côtier
Sous la surface, la posidonie forme de vastes herbiers qui constituent de véritables puits de carbone et des producteurs d’oxygène indispensables. C’est le type d’herbier marin qui séquestre le plus de carbone à long terme. Cette capacité exceptionnelle est due à la formation de la « matte », un enchevêtrement extrêmement compact de rhizomes, de racines et de sédiments qui emprisonne la matière organique au fond de l’eau sur des millénaires.
Son rôle ne s’arrête pas sous l’eau. Les feuilles mortes qui s’accumulent sur le littoral en hiver y forment des « banquettes ». Souvent perçues comme une source de nuisance par les baigneurs et parfois retirées mécaniquement par les collectivités, ces banquettes de posidonie sont pourtant des barrières naturelles ultra-efficaces pour protéger le littoral et lutter contre l’érosion des plages en cas de fortes houles.

La menace de l’ancrage des bateaux
Malgré ces services écologiques inestimables, cet écosystème est gravement menacé. À l’échelle du bassin méditerranéen, l’herbier a perdu environ 10 % de sa surface au cours du siècle dernier. L’une des principales causes de cette dégradation physique est le mouillage forain des bateaux de plaisance. L’action répétée des ancres et des chaînes racle le fond, arrache les faisceaux de la plante et détruit la matte, ce qui libère le carbone stocké et empêche la recolonisation de l’herbier sur de très longues périodes.
Le projet « Prométhée-Med » : la finance carbone au secours de la Méditerranée
Pour contrer ce fléau, le Parc national des Calanques, associé à des partenaires du numérique (EcoAct, Digital Realty France, Schneider Electric) et des instituts de recherche (Université de Corse, GIS Posidonie, MIO), a co-développé un projet novateur nommé « Prométhée-Med ». En juillet 2022, ce collectif a déposé la toute première méthodologie de labellisation « Bas-Carbone » dédiée à la protection du milieu marin.
L’objectif de ce projet est de valoriser et préserver le stock de carbone des herbiers en empêchant leur destruction. Concrètement, cette labellisation permet de faire appel à la finance carbone pour lever des fonds. Ces financements serviront à mettre en place des Zones de Mouillages et d’Équipements Légers (ZMEL) respectueuses du milieu, à déployer des agents sur le terrain pour contrôler le respect des règles, et à sensibiliser le grand public à la protection de cet habitat clé.
À travers ce projet pionnier, la protection de la posidonie démontre qu’en réinventant notre rapport à la mer et en organisant le mouillage, nous pouvons lutter directement et efficacement pour le climat.

Ce que la mer cache, je te le montre
Missions de dépollution, clichés inédits, plongées en apnée, faune des Calanques — et une photo exclusive offerte dès l'inscription.