À bord de l’IMOCA de Fabrice Amedeo : Quand la course au large se met au service de la Science
Ce matin, le rendez-vous était donné sur le Vieux-Port de Marseille pour une immersion fascinante.

Invité par Onet, partenaire historique du projet, j’ai eu l’immense privilège de monter à bord de l’IMOCA du navigateur Fabrice Amedeo. Si la puissance brute de ce monocoque de 60 pieds impressionne au premier regard, c’est sa seconde mission qui m’a profondément marqué : au-delà de la compétition, ce bateau est un véritable laboratoire scientifique flottant.

Voir le sport de haut niveau et de grandes entreprises s’allier ainsi à la recherche fondamentale est une immense source d’inspiration. Voici comment un simple voilier de course est en train de révolutionner notre connaissance des océans.
Un fabuleux « navire d’opportunité » à l’empreinte carbone nulle
Pour les scientifiques, le voilier de Fabrice Amedeo est ce que l’on appelle un « navire d’opportunité ».

Lors de courses comme le Vendée Globe, les skippers empruntent des routes extrêmes, notamment dans les mers du Sud (océan Indien, océan Pacifique Sud, passage du cap Horn), des zones délaissées par les navires de recherche océanographique traditionnels qui n’y réalisent que très rarement des circumnavigations complètes.

De plus, les données récoltées à bord sont d’une pureté exceptionnelle : l’IMOCA navigue à la force du vent et n’utilise aucune énergie fossile. L’énergie nécessaire au bord et au fonctionnement des capteurs est fournie par 15 m² de panneaux solaires et deux hydrogénérateurs, évitant ainsi toute pollution thermique ou chimique qui pourrait fausser les prélèvements.
Trois capteurs de pointe pour ausculter l’océan

Soutenu financièrement par Onet depuis 2019, le bateau est équipé d’un dispositif scientifique inédit composé de trois capteurs majeurs :
- Le climat avec l’« Ocean Pack » : Ce capteur mesure en continu la température, la salinité et les niveaux de CO2 en surface. Ces données, transmises à l’Ifremer et à la base de données internationale SOCAT, sont cruciales pour comprendre l’acidification des océans et leur capacité à absorber les émissions liées à l’activité humaine.
- La pollution avec le capteur de microplastiques : Équipé de trois niveaux de tamis très fins (300, 100 et 30 micromètres), ce système filtre l’eau de mer en continu. Lors des analyses menées par l’Ifremer et l’Université de Bordeaux, une découverte saisissante a été faite : au large, l’océan Atlantique est deux fois plus pollué par les fibres de cellulose que par les microplastiques. Ces fibres proviennent massivement de nos vêtements, rejetées par nos machines à laver dans les eaux usées.
- La biodiversité avec l’ADN environnemental (ADNe) : Un capteur innovant capture les traces d’ADN (mucus, peaux, excréments) laissées par les espèces marines. Lors de son dernier tour du monde, Fabrice Amedeo a récolté 135 échantillons permettant de générer 250 millions de séquences d’ADN. Résultat : 4 000 espèces ont été identifiées, des bactéries jusqu’aux baleines, dont de nombreuses espèces encore inconnues. C’est une première mondiale qui offre une photographie en temps quasi réel de la vie marine.

Suivre la dérive de la pollution avec les bouées eOdyn
L’engagement scientifique du navigateur ne s’arrête pas aux capteurs fixés sur la coque. En partenariat avec la start-up bretonne eOdyn, Fabrice Amedeo profite de son passage dans les zones les plus inaccessibles de l’océan Austral pour larguer des bouées dérivantes éco-conçues, baptisées Melodi.
Ces bouées autonomes mesurent la hauteur des vagues, la température et les courants marins. Pour les chercheurs, ces informations sont indispensables pour modéliser et comprendre comment les macrodéchets et les microplastiques dérivent et s’accumulent au cœur des océans.
Sensibiliser pour mieux protéger

Cet immense projet scientifique (« Ocean Calling ») est rendu possible grâce à l’engagement d’entreprises comme Onet, qui ne se contentent pas de financer la recherche. Ce partenariat s’inscrit dans une démarche globale de sensibilisation :
- Actions de terrain : Onet organise régulièrement avec ses collaborateurs et Fabrice Amedeo des opérations de nettoyage des plages. Plus de 2 tonnes de déchets et 20 000 mégots ont déjà été récoltés.
- Transmission aux jeunes générations : Le navigateur intervient dans les écoles pour partager son aventure. Un livret pédagogique intitulé « L’écho des océans » a même été créé pour aider les enfants de 8 à 12 ans à comprendre le rôle vital de l’océan et l’urgence de le protéger.
Cette matinée sur le Vieux-Port rappelle une vérité essentielle : l’océan est notre bien commun le plus précieux. En alliant l’audace de la course au large, la rigueur de la recherche scientifique et l’engagement du monde de l’entreprise, Fabrice Amedeo nous prouve que chacun, à son échelle, peut agir pour préserver notre planète.


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